Le service public radio-TV doit être réformé

 

par Michel Vonlanthen

 

Introduction

 

J'ai personnellement été choqué en 2015 lorsque le Parlement a inscrit dans la loi  l'obligation faite à tous les ménages de payer la redevance radio-TV. J'y ai vu comme un "bétonnage" du financement de la SSR avant même qu'on ait pu redéfinir son statut de service public.

 

Deux ans plus tard, ce lancinant soupçon se confirmait puisque la SSR s'associait à Swisscom et à Ringier-Axel Springer pour fonder la régie publicitaire Admeira SA dont le but affiché était d'envoyer de la publicité ciblée aux téléspectateurs grâce à l'espionnage des habitudes télévisuelles des clients de Swisscom-TV.

 

Je me posai alors la question du pourquoi de cette association contre nature entre une entreprise subventionnée, une régie fédérale et une entreprise privée dont le but est de servir des dividendes à ses actionnaires. L'initiative No-Billag dont le but est de supprimer toute subvention fédérale au service public radio-TV m'a donné le levier idéal pour faire "sortir du bois" les protagonistes de cette affaire car la SSR sentait le vent du boulet: en cas d'acceptation de cette initiative le 4 mars 2018, selon ses dires elle allait devoir mettre la clé sous le paillasson. C'est pour cela que je décidai de prôner le "oui mais à No-Billag", c'est-à-dire oui à No-Billag si le débat sur le service public ne démarrait pas avant la votation. Sous-entendu "venez discuter des modifications demandées et j'encouragerai à voter  non le 4 mars".

 

Et c'est ainsi que le débat eu lieu sur Facebook, par e-mails et dans les journeaux. Et c'est ainsi que je pus prôner le non à No-Billag le 29 décembre 2017. Et c'est ainsi, au gré des différents interlocuteurs, que je pus définir et affiner ce qu'il faut modifier dans le service public pour le rendre ethiquement acceptable.

 

 

La redevance

 

Le 14 juin 2015, le peuple suisse acceptait la nouvelle loi sur la radio-TV (LRTV) avec 50,08% des voix soit avec 3000 voix d'écart ce qui est infime à l'échelon national. Cela dit tout du scepticisme de la population à l'égard de cette loi qui introduisait l'obligation faite à chaque ménage de ce pays, qu'il regarde la TV ou pas, de payer la redevance radio-TV (451 Francs par an).

 

La loi ayant été acceptée, deux injustices firent leur apparition.

 

Tout d'abord il n'est pas juste d'imposer une taxe à celui qui n'en fait pas usage. Il y a des gens qui ne veulent pas regarder la TV ou écouter la radio par  convenance personnelle, par exemple pour ne pas subir l'avalanche quotidienne de mauvaises nouvelles. Une récente étude de l'Université d'Oxford révèle que 48% de ceux qui renoncent à suivre l'actualité des médias estiment que cela un impact négatif sur leur état d'esprit.

 

Et puis cette redevance est très chère, elle représente ce que dépense un ménage modeste pour un mois de nourriture. La radio ou la TV n'étant pas absolument indispensables à la survie, il serait donc légitime que le dit ménage puisse choisir de ne pas avoir de radio ou de TV plutôt que de devoir se priver de manger pendant un mois.

 

Une loi ne doit pas être injuste, même si elle ne l'est que pour une minorité. Rappelons-nous ce que disait Montesquieu "Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous" ! En fin de compte, si une partie de la population s'estime lésé par une loi, elle perdra sa foi en ses élites politiques et son pays et la paix sociale en sera ébranlée.

 

La première injustice peut être corrigée en percevant la redevance non plus comme une taxe fixe mais comme un impôt proportionnel au revenu. Là tout serait clair, chacun participerait au financement du service public radio-TV en fonction de sa capacité contributive, ce qui est d'ailleurs inscrit dans la Constitution. Avec aussi l'avantage de percevoir la redevance avec l'impôt puisqu'elle en ferait dès lors partie, ce qui éliminerait l'obligation de mandater une entreprise tierce (anciennement Billag), pour effectuer la perception.

 

Pour corriger la seconde injustice, l'obligation de redevance, il suffirait simplement que celui qui s'en voudrait exempté écrive à l'Administration. De cette façon, cette dernière pourra envoyer la facture de redevance à tous les ménage, la simplification qui justifiait  la perception indifférenciée, tout en la supprimant à ceux qui en feraient la demande justifiée.

 

Notons entre parenthèses que le principe même d'une taxe fixe est injuste puisque cette dernière pèse en proportion plus sur le budget d'un citoyen modeste que sur celui d'un riche. Pour un retraité qui vit avec 2380 Francs par mois, le maximum AVS (451 Francs)  représente ce qu'il dépense en un mois pour se nourrir, alors que ce sont des peanuts pour un ménage moyen dont le disponible mensuel après déduction des charges fixes obligatoires est de 8957 Francs (statistique officielle). Il y a en Suisse 20% de citoyens qui ne peuvent pas faire face en l'espace de un mois à une dépense imprévue de 2500 Francs (une dent cassée par exemple) !

auts.

Afin que la justice fiscale soit respectée, les taxes fixes devraient donc être éliminées et leur équivalent perçu sous forme d'impôt (Oui Monsieur Broulis, moi aussi j'aime l'impôt). Les riches n'en deviendraient pas moins riches mais les pauvres seraient un peu moins pauvres, ce qui irait dans le sens de la justice sociale. Et cette qualité tellement appréciées des entreprises qui viennent s'établir en Suisse, la paix sociale, continuerait à régner en Suisse.   

 

On peut se poser la question du pourquoi de toutes ces taxes fixes (taxe au sac, redevance, émoluments) qui bourgeonnent depuis quelques années en Suisse. Deux réponses à cela: d'une part une taxe est gérée par l'Administration et n'a pas à être votée chaque année comme les impôts. Elle échappe donc au pouvoir des politiques qui n'en demandent pas mieux car il est toujours plus facile d'imputer une augmentation de taxe à une administration anonyme plutôt qu'à des parlementaires qui sont soumis à élection tous les quatre ans.

 

Et les politiques dont les revenus sont confortables ne vont pas cracher sur une petite injustice qui fera payer plus les pauvres à leur place... On en a eu l'exemple à Bussigny où la taxe d'élimination des déchets de 85 Fr/année/personne a été compensée par une diminution générale d'impôts de 3 points. Le problème c'est que 3 points d'impôt sur un revenu élevé font beaucoup plus que de compenser la taxe perçue. En conséquence, un citoyen modeste et un riche devront payer chacun 85 Fr par année pour l'élimination des déchets mais au final, le "modeste" verra ses impôts augmenter de 21,55% alors que le "riche" verra ses impôts baisser de 1,14% (détails du calcul), cherchez l'erreur ! Un indice peut-être: à Bussigny, c'est la droite radicale-libérale qui a la majorité au Conseil communal...

 

Un troisième injustice est celle faite aux entreprises car elles devront dorénavant payer une redevance radio-TV non négligeable. Cela pose une question essentielle: pourquoi une entreprise devrait-elle aussi payer une redevance puisque chacun de ses salariés en paye déjà une à titre privé? Autre question: à part dans les entreprises dont c'est le travail, qui y regarde la TV pendant les heures de travail?

 

Tout ceci milite pour que la perception de la redevance radio-TV soit aménagée pour en corriger les défauts.

 

 

 

La publicité

 

Vous regardez un film à la TV et soudainement il s'interrompt pour laisser place à une litanie de publicités toutes plus débiles les unes que les autres. Vous voulez alors changer de chaîne afin d'y échapper le temps qu'elles se terminent mais quoique vous fassiez il y en a partout, à croire que les  chaînes se synchronisent entre elles !... Il faut bien le reconnaître, la publicité prend de plus en plus de place à la RTS, vous ne pouvez pas passer une heure devant votre téléviseur sans en voir. Rien que vers 20 heures, il y en a avant le TJ, après le TJ et après la météo qui suit.

 

Jusqu'à présent la publicité devait être annoncée par un logo explicite afin que le brave téléspectateur puisse se rendre compte qu'il s'agit de pub et non d'un programme normal, mais de plus en plus de pub est envoyée sans cette précaution, sous forme de sponsoring, une façon de contourner la loi afin d'en caser encore plus. Cette dérive  sera spectaculaire lors des jeux olympiques: chaque retransmission ou changement de sujet sera cadré par la litanie des sponsors des jeux. Franchement cela commence à faire beaucoup et même trop! A force d'augmenter la durée et la cadence des ses insertions publicitaires, la RTS finit par donnée la nausée, cette publicité non désirée devient franchement insupportable. Et voilà maintenant qu'elle ne trouve rien de mieux que d'inventer la publicité ciblée en fonction des goûts et du lieu de domicile des téléspectateurs !

 

Mais pourquoi la SSR pousse-t-elle ainsi à l'augmentation de son temps de pub? Pour gagner plus d'argent, c'est évident ! Or les chaînes RTS en ont de l'argent puisqu'elles reçoivent déjà 1,2 Milliards, le 94% du total des redevances encaissées en une année. Elles pourraient très bien vivre sans l'apport supplémentaire de  publicité, leurs programmes n'en deviendraient pas moins intéressants.

 

Sauf que le "toujours plus" est maintenant la devise des top managers, tous sortis des grandes écoles où l'on enseigne "qu'il faut savoir se vendre" (d'où les salaires pharaoniques qu'ils se versent) et qui leur donne des ailes pour trouver toujours plus de sources de financement. Ce qui pourrait être une qualité dans une entreprise privée devient ici un défaut puisqu'on ne demande pas au service public de faire du bénéfice mais seulement de fournir les prestations escomptées en contrepartie d'un financement assuré, pour la SSR sous la forme du fruit de la redevance radio-TV payée par chaque ménage en plus de ses impôts. Au final, le législateur ne demande qu'une chose à la SSR: qu'elle fournisse au peuple suisse des programmes de qualité et variés représentant toutes les facettes de l'actualité politique et culturelle du pays, mais pas de faire du bénéfice, ce qui incite à diffuser de la publicité.

 

Ce raz-le-bol a bien été compris par le gouvernement français puisqu'il a interdit la publicité aux heures de grande écoute sur ses chaînes publiques France 2 et FR3. C'est bien la preuve que le malaise existe et qu'on peut très facilement le supprimer puisque les dites chaînes se portent très bien, sans publicité et pour le plus grand bonheur de ses téléspectateurs!

 

 

 

Une spirale sans fin

 

La Suisse a toujours été le pays le plus "câblé" au monde, la télévision étant majoritairement reçue via les téléseaux. Mais elle va très bientôt devenir le premier pays au monde où les chaînes publiques diffusent de la publicité ciblée à ses citoyens, tout simplement parce que ce sera le premier pays au monde à être entièrement câblé. Partout ailleurs les programmes de TV terrestre (TNT) augmentent en qualité (Haute définition) et en nombre de canaux, mais en Suisse c'est l'inverse. En 2018 c'est le seul pays européen à ne pas avoir équipé ses chaînes terrestre de la haute définition. Et pourquoi cela?

 

Parce que la Suisse est riche si l'on en croit les statistiques qui font apparaître un disponible après soustraction des charges obligatoires (loyer, assurances, redevance, etc) de 8897.-/mois et par ménage! On peut toutefois estimer que ce disponible mensuel est tiré vers le haut par les 560'000 ménages millionnaires qui, eux, deviennent de plus en plus riches, alors que dans le même temps 20% de citoyens ne pourraient pas faire face à une dépense imprévue de 2500 Fr.

 

Il n'en reste pas moins que la majorité des citoyens a "préféré" recevoir la télévision non plus par ondes radio (antennes "râteau" ou paraboles sur le toit) mais par câble, ce qui autorise la réception d'un plus grand nombre de canaux et d'images de meilleure qualité, la plupart en haute définition (HD).

 

Ce confort a cependant un prix puisque le passage au câble exige de payer un abonnement mensuel d'au moins 65 Fr (Swisscom-TV), alors que c'est gratuit en TNT et TV satellite (hormis la redevance obligatoire). J'ai mis le "préféré" ci-dessus entre guillemets car en réalité le téléspectateur n'a pas le choix en Suisse car on l'oblige à se raccorder au câble par divers artifices. En voici la chronologie.:

 

Première étape: Légiférer au sein des communes afin d'interdire les antennes extérieures pour des raisons esthétiques. Et puisque sans antenne on ne peut pas recevoir de télévision, les locataires d'immeubles n'ont pas d'autre solution que de s'abonner à un téléréseau.

 

Deuxième étape: forcer toute la population à passer à la téléphonie numérique, la VOIP (Voice Over Internet Protocol), ce que Swisscom a fait il y a deux ans. Elle a ainsi pu démarrer son service Swisscom-TV, l'augmentation de la bande passante due au numérique permettant de transmettre sur le même câble de la téléphonie, de la télévision et Internet.

 

Remplacer l'antique paire de fils torsadés par un câble numérique (ou par de la fibre optique) n'a pas que des avantages. Déjà cela oblige à avoir un modem constamment allumé à la maison afin d'être toujours atteignable par le  téléphone fixe car si le modem se déclenche, par exemple en cas de panne de courant, on n'a plus de téléphone, plus de TV et plus d'd'Internet. Auparavant, le téléphone analogique disposait de sa propre alimentation (batteries de 48 Volts dans la centrale de quartier) si bien qu'il ne craignait pas les pannes de courant, il restait toujours 100% opérationnel.

 

On peut donc se demander ce qui a poussé les autorités à forcer la population à "mettre tous ses oeufs dans le même panier" car cela rend les télécommunications hyper fragiles. On n'ose imaginer une panne générale d'Internet à l'époque où tout fonctionne sur ce réseau: télébanking, messageries, vente par correspondance, météo, commandes de billets de train, d'avion et pour des spectacles, services de l'Etat, services d'information de toutes sortes, etc. ! Les maîtres du monde à l'époque du tout Internet sont les fournisseurs d'accès. Imaginez que les Américains, qui dominent sans partage ce marché, décident brusquement de fermer leur réseau en Suisse ! Toute l'activité économique du pays s'arrêterait. Et en cas de guerre ou de crise, que se passerait-il? Toutes les communications du pays deviendraient inutilisables, même les réseaux de la police, dont les noeuds sont reliés entre eux par Internet. Il resterait éventuellement l'armée et les radioamateurs avec leurs équipements radio mais c'est tout.

 

Il y a aussi la question de la confidentialité. On sait maintenant que tout ce qui est raccordé à Internet peut être piraté. Les hackers ont des outils en vente libre sur le Net pour ça. Dorénavant n'importe lequel d'entre eux peut écouter vos conversations téléphonique depuis n'importe où dans le monde, il lui suffit de disposer d'une connexion à Internet. Il peut même écouter tout ce qui se dit dans votre logis, même si le téléphone n'est pas décroché. Grâce à votre PC, il peut voir ce que voit sa caméra (pour preuve le scotch que le directeur de Microsoft avait collé sur sa caméra lors d'une démonstration publique) et bien sûr il peut prendre la main sur votre PC, voir tout ce que vous y faites et  pomper vos données et carnets d'adresses. Sympa pour les entreprises dont les secrets de fabrication ou les secrets commerciaux peuvent se retrouver chez des concurrents ! Bien entendu on retrouve ces mêmes défauts avec les smartphones puisque toute la téléphonie mobile passe par Internet chez les fournisseurs d'accès. C'est ce qui fait dire aux responsables de la Centrale d'enregistrement et d'analyse pour la sûreté de l'information MELANI de "considérer votre téléphone comme votre meilleur ennemi".

 

Mais ce n'est pas tout, voici maintenant que déboule en Suisse l'espionnage des habitudes télévisuelles des téléspectateurs, et c'est une régie fédérale, Swisscom, qui inaugure ce nouveau paradigme de l'espionnage économico-politique ! Nous voici maintenant à la

 

Troisième étape. En 2017, la SSR s'associe à Swisscom  et à Ringier-Axel Springer pour fonder la régie publicitaire Admeira SA dans le but d'envoyer de la publicité ciblée aux abonnés TV du câble. Pourquoi seulement du câble? Parce qu'on ne peut pas espionner des gens qui reçoivent la TV par voie hertzienne. Les ondes radio ne vont que dans un seul sens: du studio TV vers les téléspectateurs. On ne peut pas savoir qui capte les programmes de la TV Numérique Terrestre ou des satellites, c'est techniquement impossible.

 

Dans l'organisation d'Admeira, la SSR insèrera des publicités ciblées dans ses programmes en fonction des renseignements récoltés par Swisscom dont la Box TV reçoit tous les clics de télécommande du téléviseur connecté et les mémorise dans son big data. On peut donc y retrouver tous les ordres de changement de chaîne et, connaissant l'adresse du téléspectateur (puisque c'est Swisscom qui lui a installé le câble), on peut en déduire quels sont ses programmes favoris et même quels sont ses goûts dans beaucoup de domaines. Par exemple s'il regarde "la grande librairie"on pourra admettre qu'il aime lire, s'il regarde les matches de foot qu'il aime le sport et le foot, etc. S'il regarde des émissions sur la nature ou le climat, on pourra en conclure qu'il est écologiste, s'il suit des sujets de l'extrême droite qu'il en fait partie, etc, etc, la liste est sans fin.

 

Une voie royale s'ouvre à Admeira grâce aux monopoles de la SSR et de Swisscom mais est-ce bien là le service public désiré par la population suisse? Un service public qu'elle est obligée de financer en plus de ses impôts puisque la redevance est devenue obligatoire pour tous après le vote du 14 juin 2015.Tient voilà ce qui pourrait être la seconde étape bis: obliger tous les ménages à payer la redevance radio-TV, qu'ils reçoivent la TV ou pas, afin de "bétonner" le financement de la SSR, qui devait bien se douter que l'espionnage qu'elle mettrait en route deux ans plus tard n'allait pas forcément plaire aux citoyens suisses. Il était donc prudent de prendre les devants.

 

Mais c'était sans compter sur la réaction de quelques jeunots zurichois qui allaient lancer leur pétition No-Billag afin de manifester leur réprobation. Et là c'est devenu  tout à coup très sérieux puisque cette initiative allait obliger la Confédération à renoncer à tout subventionnement du service public audiovisuel en cas de succès dans les urnes le 4 mars 2018. Nous verrons alors ce qui se passera car il reste encore une ultime étape à franchir pour que le service public radio-TV passe à 100% par le câble: supprimer le réseau national d'émetteurs TV terrestres et c'est ce qui est planifié.

 

 

 

La TNT

 

Swisscom le claironne sur son site "broadcast": elle ne fera pas évoluer son réseau TNT et m'a personnellement dit qu'elle envisageait à terme de le démanteler sous prétexte qu'il n'y a plus que 2% de la population qui reçoit la TV par la voie hertzienne. Ce qu'elle ne dit pas, c'est que c'est elle-même qui a suscité cette désertion tout d'abord en diminuant les puissances rayonnées de ses émetteurs DVB-T au fil du temps, rendant ainsi la réception de la TNT de plus en plus difficile. Et d'autre part, contre vents et marées, elle n'a pas suivi les progrès de la technique en ne faisant pas passer son réseau TNT en haute définition. En comparaison avec les chaînes françaises, la qualité des images transmises par les quatre chaînes RTS est lamentable. Elles en sont restées à la définition SD de l'ancien réseau analogique ! Swisscom a donc beau jeu de prendre pour argument la diminution d'audience de la TNT alors que c'est elle-même qui l'a provoquée !

 

Rappelons tout de même qu'il existe des contribuables modestes dans ce pays, une vingtaine de pourcents selon les statistiques officielles. Déjà qu'on vient de les obliger à payer une redevance radio-TV dont ils pourraient se priver s'ils devaient absolument faire des économies, voilà que maintenant on veut leur supprimer le seul moyen qu'ils ont encore de recevoir les programmes TV sans devoir s'acquitter d'un abonnement. C'est sa gratuité qui justifie le succès de la TNT dans les pays moins riches que la Suisse. C'est bien gentil de vouloir forcer le dernier carré d'irréductibles qui ne veulent être ni espionnés ni obligés de payer un abonnement mais il faudra alors assumer le fait qu'ils n'auront plus que les chaînes étrangères pour s'informer, les seules qu'ils pourront capter avec leurs petites antennes "râteau". Est-ce vraiment cela que nous voulons faire de notre service public?

 

 

 

Conclusion

 

On peut maintenant se poser la question qui fâche: pourquoi toutes ces dérives? Pourquoi la SSR se met-elle à pratiquer les méthodes de l’économie privée? La réponse est évidente: à cause de la publicité!

En se finançant avec de la publicité, elle se soumet aux lois du marché et, en conséquence, doit tout faire pour attirer des annonceurs. Si les décideurs de la SSR ne cédaient pas à cette stupide loi néo-libérale du "toujours plus", la Société suisse de radiodiffusion et de télévision pourrait mieux vivre car, de l'argent, elle en reçoit suffisamment: 1,2 Milliards par année. Si on enlève ses frais généraux, la pub ne lui rapporte que le dixième de son budget. Par contre elle l'oblige à ne programmer que des émissions à forte audience qui seules attirent les annonceurs. A la trappe les sujets de niche qui devraient être couverts par le devoir de service public mais qui ne le sont pas, audience modeste oblige! Et puis les annonceurs influencent fatalement les rédactions dans le choix de leurs sujets, ce qui pousse ces dernières à s'auto-censurer, voire pire.

Il y a aussi les monopoles. Le peuple, par l'intermédiaire de son gouvernement, concède des monopoles à ses régies fédérales en contrepartie des services rendus. Nous vivons cependant dans un pays démocratique et capitaliste où le marché est libre, encore faut-il que les entreprises publiques et privées ne se mélangent pas car cela créerait de la concurrence déloyale. No-Billag n'est pas seulement une fronde de "petits morveux zurichois" mais aussi la manifestation d'un souci de fond d'une partie de la population. Pourquoi devoir supporter des programmes entrelardés de publicités toutes plus débiles les unes que les autres? La SSR pourrait très bien vivre sans elles et tout le monde s'en porterait mieux, les téléspectateurs en premier! La France le fait déjà avec Arte, France 2 et FR3, pourquoi pas nous?

Je suis persuadé que la majorité du peuple suisse n'est pas contre le paiement d'une redevance radio-TV, mais à condition que son montant soit proportionnel aux revenus du ménage. La justice sociale y gagnerait, surtout lorsqu'on sait qu'il y a 20% de ménages qui ne peuvent même pas faire face à une dépense imprévue de 2'500 Francs, une dent cassée par exemple. A l'autre extrémité sociale, les statistiques officielles faisaient apparaître 536'536 ménages millionnaires en 2012. En répartissant proportionnellement le poids de la redevance, les riches ne deviendraient pas moins riches, mais les pauvres un peu moins pauvres, ce qui ne serait que justice!

De mon point de vue, accepter l'initiative No-Billag le 4 mars 2018 serait un chambardement extrême du service public radio-TV car la SSR et les chaînes privées subventionnées seraient contraintes de licencier une grande part de leur personnel pour survivre. Et beaucoup d'artistes suisses perdraient une part de leurs revenus, ce qui les précariserait encore plus. Il n'est pas souhaitable d'en arriver là, mais alors, en contrepartie, il faut que les décideurs et nos élites politiques acceptent de débattre des réformes souhaitées. C'est la condition qui fera basculer les votes dans le sens du rejet de l'initiative No-Billag le 4 mars prochain.

 

Après avoir lu tout ce qui précède, ne trouvez-vous pas qu'il est vraiment impératif et urgent qu'un large débat public vienne redéfinir le service public radio-TV suisse ?

 

 

Michel Vonlanthen

Février 2018